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Les Enseignements de Novembre …

Les Enseignements de Novembre …


 …C’est le 1er novembre 1954, à minuit,
Que les vrais appels sont lancés.
Des bouches de fusils sortaient des bruits
Intelligibles comme des paroles sensées.
Le passé et sont contenus sont déjà cuits,
La voie du futur, avec du courage, est tracée.

Aucun algérien, digne de ce nom,
N’était resté inerte à ces appels.
Les fellahs, les ouvriers, les étudiants…
Qui jette sa plume, qui jette sa pelle…
Pour se jeter eux même dans un camp
Menant vers la paix, malgré conflictuelle.

Les discours flatteurs et trompeurs
Que les colons prenaient pour nécessaires
Ne faisaient qu’aiguiser les cœurs
Et exciter la maudite mais utile guerre.
Les esprits n’étaient fixés que sur l’heure

Où l’Algérie et l’algérien, formeront la paire…(1)

L’appel du 1er novembre 54 est intervenu dans un contexte où les 8 millions d’algériens vivaient sous l’emprise du million de colons qui avaient tous les droits et les privilèges tandis que les algériens étaient tout juste considérés comme des citoyens de seconde zone. La déclaration a mis l’accent sur le fait que tous les moyens mis en œuvre par le passé pour réparer l’injustice et redonner la liberté au peuple ont tous failli

« C’est ainsi que notre mouvement national, terrassé par des années d’immobilisme et de routine, mal orienté, privé du soutien indispensable de l’opinion populaire, dépassé par les événements, se désagrège progressivement à la grande satisfaction du colonialisme qui croit avoir remporté la plus grande victoire de sa lutte contre l’avant-garde algérienne ».

L’appel a ainsi posé les bases d’une révolution d’un nouveau genre, il a bien défini les intentions ainsi que l’ennemi commun de tous les algériens

« Plaçant l’intérêt national au-dessus de toutes les considérations mesquines et erronées de personnes et prestige, conformément aux principes révolutionnaires, notre action est dirigée uniquement contre le colonialisme, seul ennemi et aveugle, qui s’est toujours refusé à accorder la moindre liberté par des moyens de lutte pacifique ».

Il a ensuite défini les principaux objectifs de la révolution

« 1) La restauration de l’État algérien souverain, démocratique et social dans le cadre des principes islamiques et 2) Le respect de toutes les libertés fondamentales sans distinction de races et de confessions ».

Que reste-t-il des fondements de la révolution consacrés dans la déclaration du 1er novembre 54 après un demi-siècle d’indépendance que nous nous apprêtons à fêter en grandes pompes ? La politique du prestige a pris la place de la gestion rationnelle du pays et des intérêts des citoyens. Les libertés fondamentales sont souvent bafouées. L’ancienne puissance coloniale prend de plus en plus de place dans la sphère économique du pays.

Le bel élan initié par la révolution s’est vite estompé laissant le champ au bricolage, à l’improvisation, au…sabotage.

C’est bien Mao Tsé Toung qui disait : «la révolution est comme une bicyclette, si elle ne roule pas, elle tombe ». La bicyclette algérienne a-t-elle vraiment roulé depuis 62, et si elle a roulé pour qui l’aura-t-elle fait?

C’est bien beau de présenter de gros chantiers à la face du monde et de les inaugurer lors de cérémonies grandioses, mais dans combien de ces réalisations a-t-on contribué autrement qu’à grands coups de pétrodollars ? Dans combien de ces projets a-t-on permis à des entreprises algériennes d’acquérir de l’expertise de pointe ou à des techniciens algériens de se distinguer ?

Nous sommes rendus bien loin des principes de la révolution de novembre. L’exemple du métro d’Alger en est la parfaite illustration. Non seulement sa réalisation a été confiée à une entreprise de l’ancienne puissance coloniale (ALSTOM), mais aussi sa gestion a été confiée à la régie des transports de la ville de Paris (RATP) qui, comble de l’ironie, a fortement été impliquée dans le massacre du 17 octobre 1961 à Paris. Ses agents et ses autobus ont en effet été mobilisés pour transporter les algériens vers les centres de torture et de détention d’où certains ne sont jamais ressortis vivants. Cinquante ans plus tard c’est cette même compagnie qui gère le métro d’Alger. Quelle fierté pourrions nous retirer d’une telle situation tant bien même nous ressentons une certaine satisfaction de voir le métro enfin fonctionnel après 30 ans.

Rien ne peut justifier que notre pays après presque 50 ans d’indépendance ne soit pas capable de mener à terme de gros projets sans recourir à França. Encore plus injustifiable est le fait que nos dirigeants nous ont jugés inaptes à gérer notre métro, notre aéroport, nos réserves de change etc…Alors que ces héros qui ont déclenché et géré la révolution de novembre avaient une moyenne d’âge d’à peine 33 ans et n’avaient pour bagage que leur foi et leur courage.

Par la rédaction
Salamontreal

(1) Poème de Arzki Annaris

 

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